BD

Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /2007 23:20

 Joli titre non ?

 Le vilebrequin, d'abord, c'est celui d'Obion (http://grmb.free.fr/) et Le Gouëfflec, paru chez Casterman dans la collection KSTR... Ce sera très probablement un beau bouquin, quand il sera édité correctement. Parce que les 8000 exemplaires en vente sont imprimés n'importe comment, ruinant la construction graphique voulue par les auteurs. Et l'éditeur, bien que parfaitement au courant, les laisse vendre tel quel : beau respect des auteurs et des lecteurs... Casterman avait déjà fait pas mal de merdouilles d'édition dans la collection Ecriture, ils récidivent avec KSTR. La différence est que cette fois les auteurs n'ont pas l'intention de se laisser faire !

 Le vampire, bien sur, c'est Fernand, le "Grand Vampire" de Joann Sfar, que je (re)découvre à l'occasion de la réédition des premiers albums de la série sous un nouveau titre, "Le bestiaire amoureux", chez Delcourt (http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=album&album=grand_vampireba1). Le premier volume (d'un format plus petit que l'original) contient les deux premiers albums de la série "Grand vampire", ainsi que quelques "planches de jeunesse" de Sfar, où les personnages de la série font leurs premières apparitions, sous le regard amusé de Sfar, je cite :

 "Je m'aperçois que le début de leurs aventures relevait du cinéma expressioniste. Petit à petit, on dirait que je leur ai fait traverser l'Atlantique [...] Je prend les monstres anxieux de la vieille Europe et je leur fait jouer des bluettes de chez Wilder ou Lubitsch."

 Ces planches de jeunesse, fragments épars d'histoires longues et probablement inachevées, sont un vrai régal. C'est avec celles du "mythe d'Enahpotsira" que Sfar s'est vu essuyer les refus à répétition de J.-P. Mougin d'[À suivre...], malgré les conseils de Baudoin et Fred (quels parrains, quand même !), et avec celles du "Pays des fantômes" (référence à Murnau) qu'il est entré à l'Association ; pas anodin donc ! On y trouve en germe pas mal d'éléments des futurs livres de Joann Sfar. Et bien sur des personnages du bestiaire : Fernand, un cousin sentimental de Nosferatu, qui ne s'en prend plus qu'aux animaux, ses amis Michel Douffon et Vincent Ehrenstein, sortes de Laurel et Hardy noceurs et philosophes d'Europe de l'est, le vieux libraire Eliaou et son Golem, l'inspecteur Mazock alias Humpty-Dumpty... Les éléments sont en place pour le "petit monde du Golem" (http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=album&album=petit_monde_golem), ce merveilleux petit livre paru à l'Association il y a bientôt dix ans déja, le point de départ de la série. À lire à tout prix !

 Le premier album de la série "Grand vampire", "Fernand le vampire" paraît en 2001 chez Delcourt. En très peu de temps (mais beaucoup de livres !), Sfar est passé de l'état de petit amateur inconnu à celui d'auteur reconnu et admiré. Son style graphique s'est stabilisé, et il s'est coulé dans le moule des "albums 48 pages cartonnés couleur" à sa manière élégante. Les planches de Sfar sont désormais d'une grande simplicité : 6 cases carrées, tracées d'un trait léger, tremblottant et expressif ; une mise en couleur (d'Audré Jardel) sobre, par applats ; pas d'effets de manche ni d'étalage de technique, au contraire même : Sfar travaille sans crayonné, ses dessins sont devenus une forme d'écriture, naturelle, directe. Le ton, enfin, est maintenant celui d'une comédie sentimentale légère et nonchalante, nimbée de poésie fantastique.

 L'intrigue tient en quelques mots : Liou la mandragore a quitté Fernand. Celui-ci fait la connaissance d'une jeune vampire, Aspirine, pendant que Liou se réfugie chez l'homme-arbre... Tout l'album tourne autour des relations entres ces personnages, tous finements construits, sensibles, humains... vivants !

 Le deuxième album est dans la continuité du premier, mais peu à peu le cractère dépressif de Fernand reprend le dessus, et l'album se termine sur une note plus sombre. C'est un trait remarquable de la façon dont Sfar traite ses personnages : pour les rendre sympathiques, il les fragilise, et parfois, fatalement, les fait souffrir. C'est de leur fragilité que vient le plaisir que l'on a à suivre leurs histoires de coeur. Mais la médaille a son revers, ces personnages doivent souffrir, c'est ce qui les façonne. À la dernière page, Eliaou chante :

"Merci pour le malheur qui nous rend tous uniques. /Nous venons au monde bêtes comme des golems / Et le malheur nous façonne. / Merci, mon Dieu qui nous donne à tous une histoire ! / Merci mon Dieu qui n'a pas fait de nous des golems."

Par astroJR - Publié dans : BD
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Samedi 3 novembre 2007 6 03 /11 /2007 00:29
 Tout d'abord, puisqu'il est question du grand René Goscinny dans cet article, voici une photo faite récemment à Paris du côté des grands moulins (Tolbiac) :
irreductible.jpg
Quelques petites précisions sur cette photo : c'est le croisement de deux nouvelles rues parisiennes, la rue des frigos, et la rue René Goscinny. Les "frigos" en questions sont un des quelques bâtiments du quartier qui ne sont pas une construction toute neuve. En effet, avant l'implantation de la grande bibliothèque, il y avait là une grosse gare de triage, en grande partie désaffectée. Depuis les années 70, les frigos avaient été loués par la SNCF, puis les réseaux ferrés de France, à des collectifs d'artistes. Mais avec la construction du nouveau quartier "Paris Rive Gauche", cette histoire risque de prendre fin, et les frigos d'être convertis en bureaux. Pour l'instant les artistes des frigos résistent...

 Bon, venons-en au sujet. J'ai acheté le numéro hors-série du magazine "Lire" consacré à Goscinny, et... je suis affligé par ce machin. Dès l'éditorial, ça passe mal. Sous les éloges dithyrambiques, excessifs, pointe une gène profonde. Je cite François Busnel :
 "René Goscinny est l'un des génies du XXième siècle. Et il est temps de dire à quel point il fut, d'abord, un authentique écrivain". Plus loin :
 "Affirmons-le haut et clair : réduire Goscinny à un auteur de BD est une erreur ; il est un des géants de la littérature populaire." et caetera.
 À force, ça devient lassant. Oui, Goscinny avait un certain complexe vis-à-vis de la littérature "pure"; mais on sait aussi qu'il a toujours regretté de n'être qu'un piètre dessinateur. Toute sa vie, il a oeuvré à faire progresser la place de la bande dessinée dans la société française. D'abord, en étant le premier scénariste à signer ses scénarios et à revendiquer son statut d'auteur. Ensuite en créant les structures éditoriales qui manquaient à la bande dessinée en France. Enfin, en participant à la création de Pilote, puis en dirigeant le "meilleur journal de BD de tous les temps" (eh ouais) de 1960 à 1974, avant de laisser progressivement la main à la génération suivante. Grâce à lui, on pourrait imaginer que "auteur de BD" n'est plus un terme infamant. Apparemment, si : en lisant entre les lignes, c'est bien ce qui est sous-entendu : "non, ce n'est pas un vulgaire auteur de bédés, c'est un grrrrrrrrrrrrraaaaand écrivain !" Qu'il ait apporté quelque chose de neuf à la langue et à l'écriture française, bien, ça fait plaisir de le voir reconnu ; mais faire passer son statut d'écrivain devant celui de scénariste de BD, c'est n'importe quoi !

 Mais bon, c'est que l'édito, ça n'engage à rien sur le contenu du reste, a priori, si ? Malheureusement, à la lecture du magazine (pas tout lu encore, cependant), il apparaît un problème plus sérieux. Comment aborder le fond de l'oeuvre d'un auteur de BD si au lieu de se pencher sur les planches, leur composition, leur rythme, l'art subtil de l'ellipse, on se limite au contenu des bulles ? Le magazine s'appelle "Lire"... Même sans paroles, une bande dessinée, ça se lit. Le texte n'est qu'une partie du travail du scénariste. C'est d'ailleurs apparent dans un tout petit article paumé au milieu deu reste, où Tonino Benacquista, lui-même écrivain et scénariste, commente un extrait de scénario de Goscinny (pour Astérix aux jeux olympiques) : dans la colonne de gauche, description fouillée des cases ; colonne de droite, les dialogues. L'un prend le relai de l'autre : les cases "bavardes" sont peu détaillées, les cases muettes sont décrites avec précision. L'écriture de Goscinny, c'est ça. Celle qui intéresse "Lire", apparemment, ce n'est que la colonne de droite.

 Houlà, il est tard, et je cause, je cause... et demain je fais le Paris Meijin ! Donc dodo, et à une prochaine fois.

 Ah, et j'oubliais : il y a quelques photos supplémentaires (dont celle ci-dessus) sur ma page flickr, toutes géotaggées, datées et commentées comme il se doit.
Par astroJR - Publié dans : BD
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