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Déjà trois jours de congrès (quatre si on compte le samedi), et toujours pas une défaite !
On est donc arrivés samedi en fin de matinée avec Mathias. Le congrès a lieu sur le campus de l'université de Bordeaux I (à Talence en fait), et on est logé à un quart d'heure à pied de là, dans une résidence à Talence. La météo des premiers jours s'annonçait assez pourrie, mais c'est pas grave, on est là pour «bouffer du go» ! Le samedi, pas grand chose : une finale Pandanet qu'on a un peu du mal à suivre, une cérémonie d'ouverture assez interminable, le bonjour à quelques connaissances... Surtout on confirme notre inscription au tournoi principal, et pour moi aux parties «rapides», et on récupère l'indispensable et magnifique sacoche du congrès !
C'est le lendemain que les choses sérieuses commencent. Je joue contre une Allemande 7 kyu et Mathias contre une Néerlandaise 11 kyu ; parties plutôt faciles, Mathias surtout est étonné de la facilité avec laquelle il a gagné : visiblement les niveaux français (en kyu du moins) sont très sous-évalués par rapport à l'échelle européenne, ce n'est pas une nouveauté. L'après-midi je gagne aussi ma première partie rapide, facilement encore, contre un joueur suisse. Les retards s'accumulant et les résultats de parties n'étant pas récupérés à temps, la deuxième ronde de parties rapides, prévue le même jour, sera finalement annulée ; on ne reste pas pour la finale de Pandanet, on est un peu crevé.
Le lundi, deuxième ronde. Les choses se corsent pour moi, car mon adversaire, David Brouard 9k, est Français ! La partie est assez dure et pleine de
rebondissements. On fait tous les deux des erreurs de jôseki au début, puis je réussis à déstabiliser deux de ses groupes et à les attaquer de front : position gagnante certainement...
Mais, là, obnubilé par le groupe noir sans yeux en haut à droite, je commets une erreur : au lieu de faire kosumi (q10), je fais un keima (r10). Voyez vous-même le résultat, il est prévisible, ce n'est pas du tout bon ! La suite est donc un combat difficile ou je dois compenser l'énorme moyo qui se forme et bas à droite. Mais finalement mon propre moyo en formation se rend utile, et j'arrache finalement une victoire. Mathias lui aussi gagne, contre une Japonaise, tout va bien. Pas de parties rapides le lundi, l'après-midi est consacré au pair-go, et surtout au commentaire spectaculaire (par Wang Runan 9p et "Alex" Wang Yao 6p) de la partie «rapide» entre les capitaines des équipes de Shanghaï et de Xi'An pour la ligue chinoise, respectivement le grand Chang Hao 9p, réputé l'un des tous meilleurs joueurs au monde, et le jeune lion Huang Chen 5p. C'est une partie de combat acharné, avec notamment un très beau combat de ko, et finalement Huang Chen réalise l'exploit en l'emportant d'un demi-point !
Mardi, je joue contre un 5 kyu Allemand... et le bat sans grandes difficultés : c'est violent, mais je mène clairement. Mathias a lui une partie beaucoup plus difficile, contre le Brittanique Colin Maclennan : la partie se décide au yose, long et complexe, ce qui n'est pas évident pour Mathias dont ce n'est habituellement pas le point fort. Eh bien il l'emporte encore ! Enfin, l'après-midi, je joue ma partie rapide contre un hongrois... Je mène assez clairement, mais la partie est très compliquée et la chance manque de tourner à plusieurs reprises. On termine tous les deux en byo-yomi : je gagne très largement, mais jusqu'au bout tout pouvait se passer ; il y a eu un énorme seki, un combat de ko d'un enjeu colossal, et enfin un groupe mort par «quatre courbés dans le coin» ! Après ça, un court aperçu d'une belle leçon de jôseki par le magique Hayashi Kôjô 6p, puis de la conférence de Yumi Hotta, scénariste de Hikaru no Go ! Une belle journée. Le mercredi (aujourd'hui) : glandouille, courses, lessive. Mathias va dire coucou à un ex-chef et collègue de l'Université de Bordeaux... Les tournois et les cours reprennent demain !
(PS : je viens de jeter un oeil aux classements. Bon, on va tempérer un peu : tous nos adversaires ont à présent perdu toutes leurs parties. Ça va se corser, c'est sûr...)
... de l'Asso puisqu'on en parlait ici : on dirait que ça redémarre plutôt bien ! Le site web prévu depuis des années devrait être en ligne à la rentrée, et en attendant l'Asso a un blog : par ici, le blog de l'Association (à la pulpe).
... de moi et mes petites musiques : la partition de ma première symphonie est en ligne, sous une forme qu'on va dire définitive. Bientôt la deuxième et un concerto pour piano ! Pour ce qui est des petites images, j'y consacre un peu moins de temps, mais mon Flickr continue à s'étoffer de temps en temps. (Liens à gauche !)
... enfin du go : le congrès européen a lieu cette année à Bordeaux et youpi ! j'y serai avec mon frère pour les deux semaines : donc, c'est à Bordeaux, ou plutôt à Talence sur le campus de Bordeaux I, du 23 juillet au 8 août, avec en vrac : deux semaines de tournoi (une ronde tous les matins 1h30 par joueurs au moins, la classe) plus un week-end de tournoi MacMahon "standard", la finale du championnat européen par équipes (Russie, Roumanie, Ukraine, Hongrie, la France est arrivée cinquième des qualifs à un cheveu... dommage !), une ronde de la ligue chinoise par équipes (Shanghaï contre Xi'An ; l'équipe de Shanghaï est monstrueuse, avec Chang Hao à sa tête !), des simultanées, des cours, des pros (Takemiya notamment !), etc.
Aux débuts de la crise de l'Association il y a quelques mois, j'avais prévu de faire une série d'articles ici pour parler un peu de cet éditeur de bande dessinée qui m'a en quelque sorte réappris à lire il y a quelques années. Et puis, la crise s'avérant sévère, je n'ai pas eu l'envie de continuer, n'étant pas à l'aise avec l'idée d'en rajouter une couche dans ce brouhaha. On trouvera ailleurs tous les détails de cette histoire, du site du comité de soutien aux communiqués de Menu, d'ActuaBD (pouah !) à Bulledair, etc. Et même quelques echos dans Libé ou Télérama... La dernière nouvelle en date était attendue, mais j'ai eu la naïveté de croire un moment qu'on l'avait évité, du moins pour un temps : Menu quitte l'Association. Il claque la porte, bruyamment...
Du coup, ce billet risque d'être un peu auto-centré : tant pis pour mon nombril, mais je ne sais pas trop comment parler de l'Asso autrement que dans l'affectif...
Le départ de Menu, c'était sans doute inévitable, mais que c'est triste ! Lorsque David B. avait quitté l'Asso en 2005, peu après mon adhésion, je me rappelle du mail de mon frère me mettant au courant : "la Dissociation"... Un jeu de mot à la Menu... J'avais du mal à y croire : si j'avais adhéré, c'était en grande partie parce qu'après avoir lu Persepolis "comme tout le monde", j'étais allé jeter un coup d'oeil sur ce que pouvait bien avoir commis l'auteur de la préface. Et j'en était resté baba ! Sinon, je connaissais déjà un peu Trondheim (à travers ses Lapinot chez Dargaud), un peu Sfar (à peine en fait, j'étais vraiment naïf !), tout ce courant m'attirait. Ah, et j'ai lu Le Voyage de Baudoin, aussi : là, je tombais sur des choses vertigineuses, des bouquins que peu de temps avant j'aurais à peine qualifié de "BD". C'en était fini des albums cartonnés couleur, de la bédé à papa, des séries, des héros, de la gentille et rassurante sérénité d'une sous-littérature. Je devenais intégriste, même Hugo Pratt me semblait dépassé ! J'avais lu Maus de Spiegelman un peu trop jeune, je n'en avais pas saisi toute la force. En peu de temps (c'était vers 2001-2002, je venais de rentrer à l'ENS Cachan, il y avait la med'... J'y ai aussi appris le go) je me construisais un nouveau paysage culturel. Je découvrais les classiques : il était temps de lire Moebius par exemple. Ou Eisner. Evidemment je mélange un peu, je ne sais plus qu'est-ce que j'ai lu quand, dans quel ordre, mais en gros il n'y avait pas d'ordre, je dévorais. J'ai d'ailleurs mieux perçu alors cette BD "classique" que j'avais dénigré un temps, rassurez-vous, Pratt est sauvé, Franquin aussi.
J'ai franchi le pas en 2004 et envoyé un carton d'adhésion. L'Association était un truc alors vaguement mythique pour moi, avec ses étranges rites, des images-chocolat aux surnoms 'pataphysiques en diable de ses fondateurs. En gros, j'adhérais à une secte le coeur content ! (Je précise qu'il n'y a rien de péjoratif là-dedans : c'était presque mon ressenti du moment, mais tant qu'à choisir une secte, autant en prendre une bonne.) Et évidemment les bouquins achetés étaient fabuleux... Mais le départ de David B., je pense qu'on a été pas mal à avoir du mal à le digérer. Surtout, on ne le comprenait pas. On comprenait bien que c'était lié aux rapports houleux entre David B. et Menu, mais c'était assez flou. Sont venus ensuite (presque immédiatement) Plates-Bandes, la revue critique L'éprouvette, le départ des autres fondateurs... En un an à peu près, le discours s'était brutalement radicalisé, et s'il avait des qualités (quelques très belles pages de Christian Rosset dans L'éprouvette par exemple), il frisait aussi un certain ridicule dans ses poses (les attaques systématiques de Menu sur certains auteurs par exemple). J'en ai eu marre, et finalement je n'ai pas renouvelé mon adhésion... en 2009 ! (j'ai mis du temps). D'excellents bouquins continuaient à sortir, mais l'éventail des formes et des styles semblait se réduire, et pas toujours dans le sens du meilleur. Et puis on sentait le feu couver... La crise récente fut moche, parfois indigne, mais elle a eu de beau moments : notamment on ne peut que se réjouir de voir les fondateurs toujours autant attachés à l'Asso. Le nouveau bureau (provisoire) est dirigé par David B., secrétaire Killoffer, trésorier Lewis Trondheim. Mattt Konture et Mokeit y sont toujours. Mais Stanislas et Menu ont maintenant quitté le navire. Pas fini donc... et l'Asso sans Menu, ça va être tout aussi dur à tenir que l'était l'Asso sans David B. ni Trondheim ni Killo ni, ni...
Allez, quelques bonnes nouvelles quand même, l'Association n'est pas morte. Elle devrait sortir notamment dès octobre prochain l'intégrale de L'Ascension du Haut Mal de David B. , et pour ceux qui seraient passé à côté, et ils sont encore trop nombreux, c'est un chef d'oeuvre à lire absolument ! Et donc à acheter quand il sortira, l'Asso a besoin de ça !
C'était le week-end dernier... Le tournoi de Paris avait lieu hors de Paris, à Antony pour la deuxième année consécutive. Comme tous les ans, le top group était très relevé, avec cette année... trois (oui 3 !) professionnels venus de Chine spécialement pour le tournoi de Paris. Ils ont assez clairement dominé le tournoi, qui a été remporté par celui d'entre eux que les joueurs européens connaissaient le mieux à l'avance : Liu Yuanbo 2p, alias MilanMilan 9d sur KGS. Il a tout simplement remporté toutes ses parties, notamment contre les autres pros. Derrière lui viennent Xue Lei 4p (5 victoires) et Jin Jing 2p (battu par ses deux collègues). La domination asiatique continue avec la joueuse coréenne Kang Kyeong-Nan, qui talonne Jin Jing au point de n'en être séparée qu'au SOSOS, puis le coréen de Barcelone Lluis Oh, un habitué du tournoi de Paris maintenant. Cho Seok-Bin, un autre habitué, finit seulement sixième avec 3 victoires. Les joueurs européens arrivent derrière : Csaba Mero, Ondrej Silt, Cristian Pop, et (cocorico) Thomas Debarre en dixième position. À noter que le vainqueur de l'année dernière Dai Junfu a laissé tomber après la deuxième ronde et sa défaite face à Jin Jing... On notera aussi que pour la deuxième année hors de Paris, la participation continue à baisser : dans les 160 joueurs (contre plus de 350 il y a trois ans !) : il faut remonter à 1982 pour trouver aussi "peu" (relativisons, ça reste énorme !) de joueurs dans un tournoi de Paris...
De mon côté, c'est plutôt moyen : après une première journée catastrophique (avec notamment une partie perdue sur une monumentale bourde de petit yose... qui est devenu un gros damezumari), je me rattrape le dimanche par deux victoires. Bon, la première je n'en suis pas très fier, j'aurais perdu (suite à de gros cafouillages de yose) si mon adversaire (l'ami Steven que je rencontre pour le troisième tournoi de suite, sans compter l'école de go de Fan Hui) ne m'avait pas offert la victoire sur une erreur regrettable. C'est dommage, jusque quelques 30 coups avant c'était une jolie partie, mais la fin, beurk... La partie la plus épique fut la cinquième ronde, le lundi matin : mon adversaire (Nicolas Maurice) est arrivé avec plus de vingt cinq minutes de retard, mais a vite su remonter son retard au temps et construire une partie compliquée et tendue. À un moment, je suis très en retard : il m'a démoli un bord par une attaque à laquelle je n'avais d'abord pas cru. Mais je peux déconnecter un gros groupe sur kô... et il m'en donne l'occasion sur une deuxième attaque, celle-ci excessive : il déclenche un autre kô, en un lieu initialement peu riche en points ! Bien sûr, il ne peut pas gagner les deux : je remonte en obtenant le premier des deux, capturant les pierres, puis laissant pas mal d'aji dans la zone de l'autre kô. Un dernier combat s'engage, mais cette fois j'ai la partie en main. On est tous les deux en byo-yomi... Et je gagne. Ouf. Ce sera ma dernière victoire du tournoi : à la dernière ronde, mon adversaire (inscrit 4 kyu mais surévalué) me laisse peu de chances. Je lui laisse la victoire (sa seule du tournoi, mais bien méritée). Donc 3/6 : ça va, mais je suis quand même déçu... Pas autant que Mathias, cependant, qui finit son premier tournoi de Paris avec 5 défaites.
(pfff, ces titres, c'est n'importe quoi)
Donc, voilà, le tournoi de go de Levallois-Perret 2011 a eu lieu les 26 et 27 février, et donc vient de se terminer. Pour moi, encore un tournoi à deux victoires, trois défaites... pas glorieux tout ça. En fait, bizarrement, c'est contre mes adversaires a priori les mieux classés (7 kyu, 6 kyu) que j'ai gagné, et perdu contre des 8 kyu... La dernière partie, contre Augustin Noir (je l'ai gagnée) a été l'une des plus jolies que j'ai jouée depuis longtemps : fuseki chinois contre fuseki chinois, en quasi-miroir. Sinon ? Bah sinon Dai a encore tout gagné !
Allez, maintenant retour à la réalité, j'ai quelques copies qui m'attendent...