John Archibald Wheeler était un des derniers monstres sacrés vivants de la physique. Il est mort dimanche dernier et je l'apprend seulement maintenant jeudi.
Avec Niels Bohr, dès 1939, il a expliqué la fission nucléaire ; dans les années 50, il est un des défenseurs acharnés de la relativité générale, alors jugée comme une impasse par la plupart des
physiciens ; d'abord en désaccord avec Oppenheimer sur le destin des étoiles de forte masse, il changea progressivement d'avis avec le développement de la relativité générale dans les années 60, et
popularisa l'expression "trou noir" ("black hole") pour désigner ce qu'on appelait encore une "étoile effondrée" ("collapsed star"). Il eut parmi ses étudiants Feynman (prix Nobel), Thorne, et
Misner. Au début des années 70, avec ces deux derniers, il compose "Gravitation", le fameux pavé appellé "le Thorne-Misner-Wheeler", ou encore "le Wheeler" par les étudiants de physique du
monde entier : un cours de gravitation relativiste à la fois accessible, précis, lisible et complet. Son influence intellectuelle sur la physique fondamentale moderne est énorme...
Mais on ne peut pas passer sous silence l'autre Wheeler. Comme Oppenheimer, Szillard ou le jeune Feynman, il participe activement au projet Manhattan. Mais contrairement à eux, il ne le regrettera
jamais vraiment. Au contraire, en bon patriote américain, il participera ensuite au développement de la bombe H, il soutiendra la guerre du Vietnam, et toute l'escalade de l'armement en missiles
lors de la guerre froide, participant même aux campagnes de promotions des abris anti-atomiques... Le docteur Folamour de Kubrick lui doit sans doute quelque chose (même s'il doit beaucoup plus à
Wernher von Braun et surtout Edward Teller) ; la naïveté politique alliée au génie scientifique peut se révéler catastrophique.
Quoiqu'il en soit, la mort d'un scientifique de génie ne semble intéresser personne. Pas un mot dans les médias... Le mot "trou noir" est passé dans le langage courant, l'imagination populaire s'en
est emparée, mais son inventeur n'intéresse personne d'autre que les seuls physiciens...
Tiens, à l'instant je cherche sur Google actualité, et je remarque la mort du météorologiste Edward Lorenz, père de l'"effet papillon". Curieuse coïncidence... Encore une idée scientifique qui a
changé notre manière de voir le monde, à peu près à la même époque que Wheeler, d'ailleurs.
Comme l'année dernière, en fait. (tiens, d'ailleurs ce blog a fêté son premier anniversaire il y a un peu plus de deux semaines, discrètement, comme ça, happy
birthday !)
Les deux autres qualifiés pour le troisième tour sont Zhou Xu et... Jérémy Vogt ! Et derrrière eux, on trouve Valérian Bouetté, Mathieu Daguenet et l'étonnant
Thomas Harvengt, 7 kyu (sandbagger !) qui a réalisé l'exploit de battre Jérôme Hubert à la dernière ronde.
On était quatre joueurs du club de Cachan : Mamy Ratsimbazafy, qualifié d'office, Maxime le Moual et moi, qualifiés à l'issue du premier tour, et Philippe Krellenstein qui faisait la parité.
Maxime a été particulièrement brillant, battant Adrian Delannoy et surtout Hervé Guichon. Moi, j'ai eu des résultats nettement plus navrants : je termine avec une seule victoire. La quatrième
partie était passionnante, contre Yoshiro Awano : fuseki complexe, gros moyos et long yose. Je la perd d'une grosse dizaine de points, hélas. La dernière, contre Adrian Delannoy, était vraiment
décevante : j'étais fatigué, j'ai joué mou, laissé faire beaucoup de territoire, et je croyais encore gagner "peut-être" quand on a compté : près de vingt points d'écart. Arf.
Le deuxième tour de championnat de France de go se déroule à Cachan (mon club) ce week-end. Pour l'instant, je n'ai qu'une seule victoire, et qui plus est
contre l'actuel dernier au classement. En première ronde, j'ai rencontré Jérémy Vogt, 2 kyu en pleine progression. Je n'avais vraiment aucune chance de l'emporter, il est fort, très fort,
probablement l'un des joueurs les plus forts contre qui j'aie joué à égalité. Il est actuellement premier au classement, ayant notamment battu Jérôme Hubert 3 dan, ancien champion de France, en
troisième ronde. Jérôme était le favori au départ, il est maintenant quasiment sûr de n'être pas qualifié au troisième tour ! En deuxième ronde, je jouais contre Jean Souchay 6 kyu, et j'ai
l'impression d'avoir laissé passer ma chance ; dommage. Et en troisième, je rencontrais Michaël Lebas, 14 kyu courageux, le plus bas à l'échelle des joueurs inscrits. Eh ben ! J'ai bien failli
perdre, je l'emporte d'un cheveu grâce au komi... Qu'un joueur comme lui reste 14 kyu plus longtemps serait assez injuste, il est vraiment plus fort que ça : solide, précis, avec une excellente
lecture. Peut-être un peu trop passif en début de partie, c'est tout. Je continue demain dimanche pour deux rondes encore...
Encore le Bataclan, encore les Têtes Raides !
Et nom de Zeus, mais c'est vraiment un groupe terrible, un des tous meilleurs, quel pied !
En première partie, il y avait Jean Corti. La salle n'est pas pleine, ça discute pas mal et il joue un peu dans un brouhaha pas très respectueux ; j'imagine qu'une partie du public ignorait
qu'il y avait une première partie, et que certains même ne savaient pas qui était ce monsieur. Pourtant, les bourgeois, les vieux, Madeleine... c'était lui le compositeur ! Le petit
monsieur, près de 80 ans, passe avec délice de la virtuosité malicieuse à la langueur rêveuse. Le répertoire ? essentiellement des standards de la chanson française, de la javanaise à
l'aigle noir en passant par l'hymne à l'amour ou le temps des cerises, entrecoupés ça et là de standards de jazz (misty d'Erroll Garner, mais les feuilles
mortes en est aussi un) ou de compositions personelles - dont certaines sont tout autant des classiques ! Bien entendu, c'est par des chansons de Brel qu'il termine, entraînant le public à
chanter entre ses semi-improvisations les refrains de Vesoul ou des bourgeois. Applaudissements chaleureux, et petite pause avant le début du concert des Têtes...
Un grand coup de trombone saturé dans les oneilles (sacré Kropol...) et c'est parti ! Sur la religieuse, pochade datant de fleur de yeux, qui prend un sens encore plus
savoureux maintenant. Dans l'ensemble, le concert sera très rock, très dur et fort, tout autant que sur la tournée de Fragile. Les éclairages de Fantôme sont particulièrement soignés, ils
soulignent les mots et les ambiances musicales avec finesse. Le groupe jouera dans le concert la quasi-totalité du nouvel album Banco. Dès le début (si je ne me trompe pas dans l'ordre) :
l'élégant tam-tam, le furieux ici. Puis une des meilleures surprises du concert à mon goût, le retour d'une chanson venue de l'album les oiseaux, pas forcément la plus
connue : le grand bal, l'une des chansons qui font de leurs zoziaux l'un des albums les plus vertigineux de la chanson française de ces vingt dernières années - rien que ça !
Artichaud, inédit en studio, est un peu dans le même esprit mais me touche moins...
Avec l'arrivée sur scène de Hakim Hamadouche arrive un moment de calme relatif, avec la très belle la bougie du dernier album. Puis Christian Olivier déclame dans la gueule du
loup, sur un fond de oud assez logique, mais la mélodie d'accordéon qui accompagnait ce texte dans Chamboultou me manque un peu : le même texte de Kateb Yacine apparaît moins
poignant, plus accusateur, comme s'il n'espérait plus aucune réponse à la question "Peuple français (...) Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant, vas-tu te taire ?" . Pourtant,
Expulsez-moi, qui suit immédiatement, est bien une réponse, franche, directe, solide, et festive : "Puisque c'est comme ça (expulsez-moi !), je m'expulseraaa !" Un autre invité :
l'accordéoniste Alexandre Leitao, pour j'ai menti, valse tendre et virevoltante qui rappelle l'esprit de Chamboultou, terminant par une variation délirante sur le thème : "alors,
on y va ou on n'y va pas ?". Puis une bande de mômes ravis pour Banco.
Suivent (quoique je m'embrouille sans doute dans l'ordre) deux classiques du groupe : Gino, cette histoire d'amour abracadabrante et déjantée entre une veuve de marin et un marchand
d'oiseaux, puis le brulôt punk journal, qui a gagné en précision sans rien perdre de son côté brutal, dérangeant.
Le clou du spectacle, c'est bien entendu Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Le texte de Stig Dagerman, que Christian Olivier a fini par connaître quasiment par
coeur (un coup d'oeil furtif sur le bouquin de temps en temps), happe notre attention pendant vingt minutes, ou l'accompagnement musical suit et soutien magistralement un texte ardu, avec ses
passages réguliers de l'ombre à la lumière. Honnêtement, je ne prétend pas avoir compris fondamentalement le texte de Dagerman, et je doute qu'il y ait beaucoup de monde qui le saisisse dans son
entièreté dans le public. Mais c'est un texte riche, profond, plein d'idées et de fulgurances, et avec ce but sublime, chercher, du plus profond du désespoir existentiel, une consolation, mieux
encore une raison de vivre, dans une attitude qui rejette les mensonges de la foi, sous toutes ses formes. On en sort soufflés, éberlués.
Dans le désordre, viennent ensuite Emily (avec Christian qui crie son texte hors micro pour les deux premières strophes), les autres, plus haut (avec Edith qui se
lâche complètement),Civili, je chante... Et bien sûr Ginette, avec Alexandre Leitao et Jean Corti, et évidemment la fidèle lampe qui virevolte au-dessus du
public en transe, "Allez Ginette !" Petite anecdote, au moment où Christian tente de rompre le charme, "La mer ça s'invente pas (tsoum tsoum tsoum) Et nous on crèèève à rester là ! (tsoum tsoum
tsoum) Eeeeettt..." avant qu'il ne dise "c'est tout", le public de la fosse a recommencé la ritournelle ! Christian paraît étonné, puis affiche un large sourire, Iso reprend au saxophone, et c'est
reparti jusqu'à ce que Ginette aille se coincer au plafond parmi les projos ! Plus tard, on aura on s'amarre, je voudrais pas crever (merci Boris !), et l'iditenté,
toujours aussi brûlante d'urgence, avec une citation de Georgia de Philippe Soupault placée en clin d'oeil. Latuvu : grand moment de déconnade avec mini-moto, danse du slip, boule à facettes... Un peu longuet quand même. Ensuite (mais j'en ai certainement oublié au passage), la trop rare
mille façons. Christian cherche à renouveller la mélodie dans les deux premiers couplets, hésitant entre son ton grave habituel et un registre ténor essoufflé, puis chante le dernier
couplet à l'octave : magique ! Et le phare en rappel, grand moment encore. Ils sont inépuisables !
Voilà, je reviens du tournoi avec quatre victoires, finalement. À l'avant dernière ronde, j'ai perdu contre Raphaël Tabary dans une partie bourrée de combat. À
deux reprises, j'ai loupé l'occasion de gagner la partie en un coup, mais finalement je la perd d'une petite dizaine de points. Dommage. Enfin, j'ai gagné la dernière ronde contre Pierre
Gauthereau, dans une partie pas très belle à voir, il faut bien l'avouer, on était tous les deux fatigués... Nicolas Magnier, qui m'avait battu en deuxième ronde, termine à cinq victoires,
notamment contre Claude Brisson (sixième kyu), ce qui justifie clairement sa surinscription. Il sera sans aucun doute bien réévalué à la prochaine échelle, et finalement je ne devrais donc pas
descendre, ou alors pas beaucoup. Mais c'est quand même rageant de se dire que les quatre joueurs que j'ai battus étaient inscrits systématiquement 2 ou 3 pierres au-dessus de leur niveau à
l'échelle, sans que cela soit clairement justifié...
Fan a gagné ! Ouééééééééééééé !
Fan ! Fan ! Fan ! Fan ! Fan ! Fan !
Félicitations à lui : Fan Hui gagne son sixième tournoi de Paris, ne perdant qu'une seule partie (contre Meng FangXi), et battant notamment Cho Seok
Bin à la dernière ronde dans une partie épique. Suivent, à cinq victoires eux aussi, les trois grands rivaux de Fan : Dai JunFu (qui n'a jamais perdu à ce jour contre Fan, mais a perdu contre Cho
dans ce tournoi), Cho Seok Bin (bien sûr), et Bao Yun (vainqueur du tournoi de Paris 2006 contre Fan, mais qui a perdu sa partie contre Hong Seul-Ki). Honnètement, ces quatre-là sont du même
niveau, le départage est un peu le fruit du hasard du tirage. Ensuite, à quatre victoires, viennent Meng, Hong, Xu Yang, Li Ang (un troisième dan professionnel qui termine neuvième du tournoi : le
niveau de compétition était effroyablement élevé !), Motoki, Paul Drouot (premier européen), Merlijn Kuin, Wang Riu (première femme), Jérôme Salignon (premier jeune, avec en fait cinq
victoires : il est derrière car il ne faisait pas partie du top group initialement)...
Sinon, pour en finir momentanément avec ces histoires de go, une petite piqûre de rappel pour les joueurs franciliens : le club de Cachan organise le deuxième tour du championnat de France
pour la ligue d'Île de France, les samedi et dimanche 5 et 6 avril au théâtre de Cachan. Les qualifiés --- soit issus des premiers tours dans les clubs, soit de niveau supérieur à la barre de
qualification, cf le site de la fédé --- sont fortement incités à se préinscrire en envoyant un mail à Jean-Vincent Pla : l'adresse est "jean-vincent" point "fla" (avec un F, ce n'est pas une
erreur) et le domaine est "wanadoo.fr".